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Politique national. Justice pénale internationale.

Jeudi 27 janvier 2016 - par ALG
POLITIQUE

 

Me Yacouba Doumbia (président du MIDH) à propos du procès couplé de Gbagbo et Blé Goudé : Si un seul camp est jugé, la CPI serait tombée dans le piège du pouvoir d’Abidjan
 
Publié le mercredi 27 janvier 2016  |  L’intelligent d’Abidjan
Maître
© Autre presse par DR 
Maître Doumbia Yacouba, PCA du Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH)
 
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Invité le mardi 26 janvier 2016 de Rfi, Me Yacouba Doumbia, le président du Mouvement ivoirien pour les Droits de l’Homme (MIDH), a exprimé les attentes des victimes relatives au procès couplé de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé qui s’ouvre le jeudi 28 janvier 2016 à la Cour pénale internationale (CPI) à la Haye aux Pays-Bas.

Le travail d’enquête de la procureure a-t-elle satisfait les victimes?
Pour l’instant, c’est au sortir du procès que les victimes pourront être situées véritablement. Quand nous parlons de victimes, il y en a de diverses catégories en Côte d’Ivoire. Les victimes se réclament de deux camps opposés. Donc, forcément aujourd’hui, il y a une partie des victimes qui ne se sent pas concernée par les procès en cours parce que, justement, les perpétrateurs de leurs souffrances ne sont pas encore inquiétés par la Cour pénale internationale.

Pour juger Laurent Gbagbo, l’accusation a choisi de se concentrer sur 4 événements comme le bombardement d’un marché d’Abobo le 17 mars 2011, alors que la crise postélectorale a duré plus de 5 mois. Les victimes ne vont-elles pas avoir des réponses partielles, incomplètes à l’occasion de ce procès ?
Nécessairement, puisque cela a été un choix un peu discrétionnaire du bureau du procureur. Nous n’avons pas pu influer pour que ce choix-là puisse être changé. Cela laisse de côté en tout cas une partie des victimes qui ne seront pas entendues devant cette Cour.

Le procès de Laurent Gbagbo peut-il aider à la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire ?
Le procès de M. Gbagbo doit pouvoir aider à la réconciliation en Côte d’Ivoire. Mais il faut que le procès de M. Gbagbo, comme je l’ai dit tantôt, soit le début d’un processus qui sera à même d’éclairer la lanterne de tous les Ivoiriens sur ce qu’il s’est passé de manière exhaustive.

Actuellement, il n’y a que 2 personnes dans le box des accusés qui ne représentent qu’un seul camp. Est-ce que cela ne risque pas de réveiller les divisions, de créer de nouvelles rancœurs ?
Non, pas en notre sens. Puisqu’il s’agit d’un processus, nous attendons que les promesses faites par le bureau du procureur puissent être traduites en actes de telle sorte que chaque camp ait son mot à dire et rende compte de ce qu’il aurait fait pendant la crise postélectorale.

Ce procès est politique et divise. La France a aidé l’accusation. Le camp Gbagbo, lui, a cherché des appuis internationaux. Il en a reçu récemment de la part d’anciens chefs d’Etat africains. Dans ce contexte, comment les victimes abordent-elles ce procès ?
C’est un peu l’avenir de la Cour qui est en jeu parce que les politiques de tout bord cherchent à influencer le travail de la Cour à leur profit. Mais en vérité, cette Cour est essentiellement une Cour au profit des victimes. Donc, il faut bien que la voix des victimes puisse porter. Et quand nous disons victimes, nous disons toutes les victimes, de quelque bord qu’elles se réclament.

Désormais en tout cas en Côte d’Ivoire, on ne veut plus livrer de personnalités à la CPI. La CPI n’est-elle pas tombée dans le piège du pouvoir ivoirien ?
Ce serait en tout cas une symphonie inachevée en notre sens parce que l’impunité suppose que ceux qui sont au pouvoir doivent pouvoir rendre compte. Si l’on s’arrêtait à juger simplement ceux qui ont perdu la guerre, on aurait le sentiment, effectivement à ce moment-là, qu’il y a eu un piège dans lequel la politique pénale adoptée par la procureure serait tombé. 

Retranscrit par Alex A
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