FLASH INFOS :
AG du MIDH du samedi 8 octobre 2016 : Le contexte des droits de l'homme est de plus en plus exigeant. Nous devons être à la hauteur à travers un engagement croissant et une expertise de qualité. Me DOUMBIA Yacouba ::. AG du MIDH du samedi 8 octobre 2016 : En avant pour la professionnalisation de notre mouvement dans l'union et la fraternité. Me DOUMBIA Yacouba. PCA MIDH ::. AG du MIDH du samedi 8 octobre 2016 : Vous avez joué un rôle incommensurable dans l'essor des droits de l'homme en Côte d'Ivoire. Vous pouvez en tirer une légitime fierté. Prste de la CNDH-CI ::. AG du MIDH du samedi 8 octobre 2016 : Je voudrais vous exprimer ma fierté d'appartenir à une telle famille. Notre mobilisation témoigne de notre espérance en l'Homme. Me TRAORE Drissa Prsdt Honneur ::. AG du MIDH du samedi 8 octobre 2016 : Me DOUMBIA Yacouba reconduits aux commandes du MIDH pour un mandat de trois ans. ::. Droit à l'éducation : La Division droit à l'éducation du MIDH a rencontré Mme Flore Pallardy, dans la continuité de son plaidoyer sur les frais complémentaires dans le privé laic ::. CI-Elections 2015 : Le MIDH participe à la formation sur le monitoring des violations des droits de l'homme en période électorale à la CNDH-CI. ::. MIDH Présentation du rapport sur les frais complementaires dans les privés laics : Article 25 de la Convention État- Promoteur d'établissement privé: ...les affectés dans me privé conventionné sont à la charge de l’État. ::. Cote d'Ivoire - Droit à l'Education : le MIDH salue la décision sur l'école obligatoire et attend beaucoup du Gouvernement quant aux moyens de réalisation. ::. Cote d'Ivoire - Droit à l'Education : L'école rendue obligatoire de 6 à 16 ans dès la rentrée. Prdt Alassane Ouattara. ::.

RAPPORTS

24/07/2015

Rapport Mon Peko: A qui profite le cacao du Mont Peko?

Côte d’Ivoire

Mouvement Ivoirien des Droits Humains

[Rapport]

 

A QUI PROFITENT LES  PRELEVEMENTS SUR LE CACAO DU MONT PEKO ?

 

 

« …Quand vous entrez à Mont Péko pour acheter le cacao, les agents et les FRCI que vous traversez au corridor vous disent de payer 750 F CFA le kilogramme aux planteurs clandestins sans délivrer de reçus. Et à la sortie, vous versez 100 F CFA sur le kilogramme au port sec….»

 

 

 

 

Juillet 2015

 

Sommaire

 

Sigles.

Résumé des faits.

Recommandations.

Méthodologie et déroulement de l’enquête.

Contexte général

Description des faits.

Situation des Droits de l’Homme dans le Mont Péko.

Processus de déguerpissement des clandestins par le Gouvernement

Conclusion..

Annexes.

 

 

 

 

SIGLES

ADDR:Autorité pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réinsertion

CCDO: Centre de Coordination des Décisions Opérationnelles

CROMP : Conseil Représentatif des Occupants du Mont Péko

DUS: Droit Unique de Sortie

OIPR: Office Ivoirien des Parcs et Réserves

MIDH: Mouvement Ivoirien des Droits Humains


 

 

 

Le Mouvement Ivoirien des Droits Humains (ci-après MIDH) est une organisation non gouvernementale de défense des Droits de l’Homme créée en octobre 2000 dans un contexte de crise militaro-politique très délétère, ponctué de graves et massives violations des Droits humains.

 

Le MIDH est fermement engagé dans la promotion de l’Etat de Droit, de la lutte contre l’exclusion et milite en faveur d’une justice accessible et équitable en Côte d’Ivoire. Il met un accent sur l’assistance juridique et judiciaire en faveur des personnes victimes de violations graves des  droits perpétrées par l’Etat ou ses démembrements ou de tout autre entité privée ayant la capacité de mener des actions répréhensibles.

 

Outre la protection et la dénonciation des actes qui sont de nature à porter atteinte à la dignité et aux droits de l’Homme, le MIDH se présente comme une force de proposition et un outil d’appui à la mise en œuvre  des engagements internationaux et des lois internes de la Côte d’Ivoire. À cet effet,  sont menées des actions de plaidoyer et de lobbying au niveau stratégique pour créer un environnement permettant de transformer les pratiques aux antipodes des principes des droits humains et de la démocratie.

 

A ce jour l’organisation compte plus de 8 sections (Agboville ; Yamoussoukro ; Bouaké ; Korhogo ; Gagnoa ; Daloa ; San Pedro ; Soubré) et des points focaux dans plusieurs départements et régions de la Côte d’Ivoire.

 

Pour plus d’informations sur notre organisation et les actions que nous avons menées ou en cours, nous vous prions de bien vouloir visiter notre site web : www.midhci.org et notre page Facebook : Mouvement ivoirien des droits humains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Face aux violations des Droits humains, le silence est complicité et une caution au scénario du pire.

Soyons actifs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



RESUME DES FAITS

 

Le parc national du Mont Péko est une aire protégée érigée en parc national en 1968 par le Décret Nº68-69 du 09 février 1968 en vue de  préserver la faune et la flore de la région. (Voir également Arrêté préfectoral N°01/R.G/PDKE/CAB).

 Avec une superficie de 34 000 ha, il estsitué à l'ouest de la Côte d'Ivoireentre les localités de Duékoué, Bangolo et Man. Il est l'un des 8 parcs nationaux du pays et il tire son nom du sommet appelé mont Péko qui s’y trouve. Ce sommet culmine à plus de 1000 m de hauteur. Il est renommé pour sa végétation (flore de montagnes et de forêt primaire). Le parc possède un certain nombre d'atouts avec son inselberg impressionnant et relativement facile d'accès[1].

 

Selon un recensement effectué par les autorités ivoiriennes en 2013,la population totale  installée dans le parc dépasse les 24 000 âmes. Environ 4 % de ses occupants sont d’origine ivoirienne et 96 % d’origine étrangère, avec une prédominance de Burkinabès, estimé à 99 % de la population étrangère[2].

 

Selon les autorités préfectorales de la région, en 2003 – en période de crise - un certain OUEREMI Amade de nationalité burkinabè, a profité du vide de protection pour infiltrer le parc et y a installé ses compatriotes. Il a ensuite organisé la vente illégale de la forêt jusqu’à dévaster 80% de ce site pour faire des champs et des plantations de cacao. Il y crée une milice armée et mène avec sa troupe des attaques dans des forêts voisines pour étendre sa zone d’influence.

En mai 2013, il est arrêté par les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Après son arrestation, les autorités ivoiriennes entament un processus de déguerpissement des occupants.  Elles affirment avoir sensibilisé les planteurs pour qu’ils quittent le parc. Cependant, malgré l’interdiction, les paysans clandestins continuent à y vivre et y pratiquer des cultures de rentes, dont le cacao.

Mais, dans l’attente de leur déguerpissement, ils font régulièrement l’objet de violence, d’intimidation et de racket organisé sur les revenus tirés de la vente du cacao. En effet, au mépris du prix du kilogramme de cacao fixé par l’Etat,  des prélèvements sont opérés dans des check-points dits « ports secs » qui sont des  passages obligés tenus par des personnes qui appartiennent à un vaste réseau impliquant certaines autorités locales.

 

RECOMMANDATIONS :

 

-   A la Présidence de la République de Côte d’Ivoire :

·         Prendre des mesures urgentes pour faire cesser les prélèvements  et les tracasseries sur le cacao en provenance du Mont Péko ;

·         Appuyer les enquêtes et les poursuites judiciaires liées  aux agressions sur les paysans et au trafic organisé sur le cacao ;

·         Redynamiser le groupe de travail pour le départ assisté des occupants du parc.

 

-   Au Ministère en charge de la Justice et des Droits de l’Homme

·         Ouvrir une enquête sur tous les faits évoqués et engager des poursuites à l’encontre des auteurs présumés ;

·         sensibiliser  les agents en charge de la sécurisation du parc au respect des Droits de l’Homme et à faire cesser les extorsions et les violences à l’encontre des paysans du parc.

 

-   Au Ministère d’Etat, de l’Intérieur et de la Sécurité

·         Veiller à ce que les pratiques de ports secs et prélèvements sur le prix du cacao prennent fin ;

·         Ordonner au Préfet de faire cesser les violences et les brimades sur les occupants du parc ;

·         Mettre fin aux activités illicites de toutes les personnes impliquer dans le trafic illicite du cacao ;

·         Faire accélérer le départ des clandestins  afin de préserver les ressources naturelles du parc.

 

-   Au Ministère de l’Environnement, de la Salubrité Urbaine et du Développement durable

·         Demander aux agents de l’OIPR de mettre fin aux violences contre les occupants du parc ;

·         Fournir les Equipements nécessaires aux agents commis à la surveillance du parc.

 

-   Au Ministère de la Solidarité, de la Famille, de la Femme et de l’Enfant en charge du processus de déguerpissement

·         Accélérerle départ  et d’indemnisation des occupants  du parc;

·         Veiller aux respects de la dignité et des droits des occupants dans le cadre du processus de déguerpissement du parc.   

 

-   Au Ministère de la Défense

·         Demander aux Agents des FRCI exerçant aux côtés de l’OIPR à mettre fin aux violences contre les clandestins. 

 

-   A l’OIPR de Duékoué

·         Mettre fin aux brimades contre les occupants du parc ;

·         Poursuivre la sensibilisation à l’endroit des paysans contre de nouveaux défrichements.

 

-   Aux Chefs de la Communauté burkinabè de Duékoué :

·         Sensibiliser et encourager leurs compatriotes à quitter volontairement le parc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I.              INTRODUCTION

 

Du 09 au 16 avril 2013, une délégation du Mouvement Ivoirien des Droits Humains (MIDH) a séjourné dans les localités de Duékoué, de Guiglo et de Man. Elle avait pour mission de documenter la situation des occupants clandestins du parc du Mont Péko, en investiguant sur les allégations de violations des Droits humains, de crimes économiques, de violence et d’abus d’autorité.

 

Dans sa démarche, la délégation a rencontré l’ensemble des acteurs impliqués dans la résolution du problème des occupants clandestins du parc, notamment le Préfet de Région de Duékoué, les agents de l’OIPR en charge de la protection du parc, le Commandant du détachement des FRCI, le Juge d’Instruction de Guiglo, des notabilités villageoises, Les représentants des  clandestins, des représentants du CROMP (une structure dont la dissolution nous a été annoncée par le Préfet de région) et des représentants locaux de presse ainsi que des opérateurs économiques ayant des intérêts dans le parc.

 

Des acteurs clés notamment les personnalités directes en charge de l’OIPR à Duékoué et de la SODEFOR à Man, le Commandant des FRCI et le Bureau local du Conseil du café - cacao de Duékoué, n’ont pu répondre favorablement à la demande de rencontre avec la délégation.

 

Sur deux visites prévues à la prison civile de Man, la délégation n’a pu effectuer qu’une seule, en raison de l’interpellation le mercredi 15 avril 2015 du chef de la délégation et de son facilitateur dans le village de Michelkro (un village voisin au parc) par les Forces de l’ordre, parce qu’il aurait  enfreint l’interdiction du Préfet de pénétrer dans le parc.

 

En plus des personnalités et acteurs cibles, la délégation du MIDH, a pu interroger plus d’une vingtaine de personnes dont la  majorité  s’est identifiée comme étant victime du système de prélèvement mis en place.

 

Témoin de l’inquiétude évoquée par les personnes interrogées, la délégation du MIDH s’est assurée des conditions de sécurité, en particulier que ces personnes ne courraient pas de danger à l’issue de leurs interviews.

 

A Abidjan, la délégation du MIDH en dépit des démarches effectuées, n’a pu avoir des entretiens avec les ministères techniques et les structures impliqués dans le règlement de cette question du Mont Péko.

 

Le présent rapport d’une trentaine de pages est donc basé sur les recherches de terrain effectuées par l’équipe d’investigation du MIDH, principalement à Duékoué.

 

 

 

II.            CONTEXTE GENERAL

 

1.    Avènement de la rébellion armée de septembre 2002

 

L’avènement de la rébellion armée à partir de septembre 2002a ouvert la porte à toutes sortes d’exactions et de violations des Droits humains en Côte d’Ivoire.

 

La peur de perdre le pouvoir face à une rébellion armée avait poussé les dirigeants d e cette époque, à utiliser de façon massive et sans contrôle une partie de la jeunesse pour former des groupes d’auto-défense qui sont devenus des milices armées.

 

En dépit du cessez-le-feu signé entre les belligérants (début 2003) qui consacrait une ligne de démarcation dite zone tampon ou zone de confiance dans la localité de Duékoué, les milices armées pro-régimes d’alors continuaient à proliférer et à commettre des meurtres et des attaques contre les personnes et les biens, principalement cantre les paysans allogènes.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier 2005, un groupe de miliciens basés dans le canton Zarabaon (localité de Duékoué) avaient attaqué et pillé les paysans burkinabés de leurs récoltes de cacao dans des campements situés en zone de confiance.

En 2005, un chef de communauté burkinabè vivant dans la localité avait confié à la délégation du MIDH que ses compatriotes étaient régulièrement victimes d’enlèvement et d’assassinat dans leurs plantations.

« Toutes les plantations appartenant aux paysans burkinabé dans les forêts proches du village - quartier carrefour – étaient expropriées par ces miliciens d’alors. Souvent ces jeunes armés allaient barrer le chemin aux paysans et les obligeaient à payer une taxe pour avoir accès à leur champ. D’autres paysans avaient préféré abandonner leurs plantations aux mains de ces jeunes pour sauver leur vie Ouédraogo Abdrahim et Ouédraogo Pascal, tous deux paysans avaient été découverts les coups tranchés le 13 décembre 2004 sur le chemin de leurs plantations. Le 20 janvier 2005, Belém Kouamba Kassoum a été enlevé et son corps a été  retrouvé plus tard, dans le même état que les premières victimes. Le 03 février 2005, deux autres burkinabè ont été enlevés à la gare routière de Duékoué pour une destination inconnue. Suite à l’attaque de Logoualé le 28 février 2005, un de nos compatriotes Ouédraogo Amadi a été enlevé dans son champ et assassiné»

 

Ce phénomène devenu préjudiciable aux Droits humains, avait fortement détérioré la cohabitation entre les communautés ethniques dans cette partie du pays.

Le massif forestier - encerclé par des terroirs villageois à cheval entre les villes de Bangolo et de Duékoué -  couvrant une superficie de plus de 34000 hectares a été érigé en parc national par le Décret Nº 68-69 du 09 février 1968,  en vue de préserver la faune et la flore de la région.

Devenu patrimoine mondial, ce massif forestier a échappé à la surveillance de l’Etat dès le déclenchement de la crise de septembre 2002.

 

2.    Intrusions illégales dans les aires protégées et destruction de la forêt

Les localités de Duékoué, de Guiglo et de Taï sont des terres d’accueil d’immigrants venus des pays limitrophes au nombre desquels il y’a une forte communauté burkinabé.

Longtemps travaillant pour la plupart comme manœuvres dans des exploitations appartenant à des nationaux ivoiriens, ces allogènes burkinabés finiront à la faveur de la guerre par infiltrer les forêts classées voisines.

« Ces cas sont légions ici dans l’ouest. J’ai plusieurs plaintes sur mon bureau concernant la destruction des ressources naturelles des forêts classées. Toutes les forêts classées de l’ouest jusqu’au Parc national de Taï (frontière avec le Libéria)sont en train d’être dévastées par ces paysans. Ils continuent d’installer illégalement leurs compatriotes dans ces forêts », - a déclaré le Juge d’instruction de Guiglo.

Depuis la fin de la crise de 2011, différents groupes de fossoyeurs de forêts s’affrontent régulièrement pour le contrôle des forêts dans les localités de Duékoué, Bloléquin et Guiglo. Plusieurs plaintes d’occupants illégaux des forêts classées contre certains compatriotes, ont été enregistrées au bureau du Juge d’Instruction de Guiglo.

Au cours d’un entretien à Duékoué avec un correspondant régional de presse, la mission du MIDH a été informée que onze groupes de fossoyeurs se sont constamment affrontés depuis la fin de la crise en 2011 dans la forêt classée de Goin-Debé à cheval entre Bloléquin et Guiglo.  En effet, «En janvier 2013, les autorités militaires nous ont informés que 6 personnes ont perdu la vie dans des affrontements entre factions rivales dans la forêt de Scio…. Dans cette même forêt, un certain YAMEOGO KOURAOGO SALAM, chef des infiltrés très craint par ces compatriotes et trois de ses acolytes COULIBALY FODE, COULIBALY SOULEYMANE et YAMEOGO DAOUDA ont été mis aux arrêts le 18 novembre 2014 par la brigade de gendarmerie de Guiglo sur plainte d’un autre clandestin EHOUMAN KOUASSI FABRICE, un des présidents des nombreux mouvements d’occupants de cette forêt. Ce dernier accusait ces pairs de vente illicites de forêts, de rackets, d’assassinats et d’occupation de plantations d’autres clandestins…. » - a informé le correspondant régional.   

·         Dans les localités de Taï

Le parc national de Taï de plus de 5460 kilomètres-carré est un patrimoine mondial de l’Unesco. Le parc représente plus de 50% de la couverture forestière de la Côte d’Ivoire et regorge plus 1800 espèces végétales et animales.

Selon les informations recueillies, à la fin de la crise de 2011, des paysans burkinabè avaient tenté de s’installer dans le massif forestier de Taï. Avec l’appui et la vigilance des populations riveraines, les agents de l’OIPR en charge ont pu empêcher l’intrusion du parc.

La localité de Guezon à quelques encablures des parcs du mont Péko et de Taï, serait le point de chute des nombreuses familles convoyées depuis le Burkina Faso. «….Ce village constituerait le foyer des fossoyeurs burkinabés des forêts classées et parcs de la région » - a déclaré un correspondant local de presse.

·         Dans les localités de Bloléquin et de Bangolo

Dans la forêt de SCIO, à cheval entre le département de Bloléquin et Bangolo, des clandestins immigrants d’origine Baoulé issus de 22 campements auraient versé environ 71 millions de F CFA de mars à septembre 2011 à un chef fossoyeur burkinabè ADAMA PINHOU pour qu’il les laisse vaquer à leurs occupations dans leurs différentes plantations.

Pour avoir tenté de s’opposer à cette pratique, le chef de campement de Yacékro (des immigrants baoulés) du nom de YACE AUGUSTIN aurait échappé à la mort et son cadet porté disparu jusqu’à ce jour.

·         Dans les localités de Duékoué

Un certain OUEREMI AMADE dit « Le Vieux », réparateur de vélos,  ayant vécu durant des décennies à Bagouhouo à 25 kms de Duékoué  fait son apparition. Devenu planteur puis féticheur de renom, entre en scène après le  départ des agents des Eaux et Forêts affectés à la surveillance du massif forestier du Mont Péko du fait de la crise. Il fait son intrusion dans la forêt classée,  s’y installe et organise son exploitation.

Les forces de sécurisation du parc n’ayant plus accès au parc, OUEREMI AMADE fait installer ses compatriotes pour exploiter la forêt, notamment par la culture du cacao. Pour y parvenir, il s’attache la complicité de chefs de guerre locaux de l’ex-rébellion pour le contrôle intégral de la forêt.

«On les voyait venir dans la forêt. Ils sondaient le sol avec leurs machettes, prenaient parfois la terre et parlaient dans leur langue. On n’a pas pensé qu’ils venaient s’installer ici.» – a déclaré un notable du village de NIDROU –

 

Ses compatriotes  étaient placés sous sa protection et s’adonnaient sans limite au braconnage, au trafic de bois, à la culture de rentes et du cannabis.

 

« Moi, je faisais le commerce du bois au temps du vieux. La forêt était vendue à 75 000 F CFA l’hectare. Si avant trois semaines vous ne mettiez pas en valeur votre portion de terre, il vous arrachait et vous payiez à nouveau la même portion. L’idée du Vieux était de détruire tous les arbres pour qu’il n’y ait plus de forêts dans le parc… »– a déclaré un ancien compagnon d’Ouérémi Amadè.

 

3.    Implantation tumultueuse d’une personnalité mythique dans le Parc du Mont Péko

 

Au fil du temps, le massif forestier perdait la majeure partie de son essence primitive du fait de l’intrusion précipitée des burkinabè dans le parc. Plus de 80% de la forêt va être dévastée pour faire place à des plantations de cacao et des habitations de fortunes.

«Seuls les burkinabè avaient droit à des portions de terre dans le parc et quand tu n’étais pas burkinabè, tu ne pouvais pas te sentir en sécurité… »- a déclaré un occupant du parc.

Plusieurs mois après l’élection présidentielle de 2010, Ouérémi Amadè continuait d’étendre son influence dans les villages et forêts avoisinant le parc.

« Le Vieux se croyait invincible. Il voulait à tout prix contrôler le parc. Il n’a pas arrêté de vendre les portions de terre à tout ce qui voulait en acheter. Les gens continuaient à venir du Burkina pour s’y installer avec leur famille entière. En peu de temps, l’on dénombrait plusieurs milliers de foyers de paysans dans le parc. Il s’était lui-même marié à six femmes » - a déclaré un occupant du parc.

 

Sa troupe n’a pas cessé de commettre des attaques afin de se munir davantage d’armes de guerre et imposer son influence. En décembre 2010, des Gendarmes de la faction de Duékoué qui avait tenté de le déloger ont été pourchassés par sa troupe. Six Gendarmes ont été assassinés et plusieurs armes confisquées.

 

Dans la matinée du 28 mars 2011, Ouérémi Amadè et sa troupe ont mené une attaque meurtrière dans le quartier Carrefour (Duékoué) en vue de venger les massacres dont leurs compatriotes paysans ont été victimes lors  des conflits fonciers récurrents dans cette zone, depuis l’avènement de la rébellion de 2002.

 

Le chef mythique se vantait parfois d’avoir traité des affaires et d’avoir combattu aux côtés des ex-rebelles. Des sources concordantes indiquent que sa troupe de combattants était supplétive de l’armée des ex-rebelles basée à l’ouest.

 

«Son offensive meurtrière du 28 mars 2011 contre les miliciens de l’ex-régime basés au quartier carrefour a été bénéfique pour les ex-rebelles qui ont facilement pris la ville de Duékoué et y ont établit une base… », - a indiqué une source dans la ville de Duékoué.

 

Le chef mythique a fondé un quartier général nommé « CANADA » qui est un campement de fortune créé au sein du parc. Ce campement contient  un dépôt d’armes de guerre.

 Il a fait construire un pont sur un affluent du fleuve Sassandra afin de développer et poursuivre ses activités illégales d’exploitation des ressources naturelles du massif forestier.

«Il avait des armes à l’intérieur du Parc. Il a créé des check-points et un bunker afin de contrôler davantage les ressources naturelles... » - a déclaré le Préfet de Région de Duékoué.

 

 

III.           DESCRIPTION DES FAITS

 

1.    A la recherche d’un leader du parc après l’arrestation du chef mythique

 

En dépit de la fin de la crise en 2011, le chef mythique n’a pas cessé d’étendre son influence dans les forêts de l’ouest du pays. Le 29 avril 2013, sa troupe a mené une attaque punitive contre le village de Tobly-Bangolo. Il a fait brûler le village et exécuter l'épouse de son frère aîné, un certain Madi, lui-même assassiné quelques jours plus tôt.

 

Le 18 mai 2013, les autorités l’arrêtent et mettent ainsi fin à ses activités.

 

Les paysans qui se sont sédentarisés avec leurs familles depuis plus dix ans étaient dans la débâcle après l’arrestation de ce chef mythique.

 

Les patrouilles militaires entamées pour le contrôle de la forêt faisaient fuir les familles dont la survie dépend uniquement des ressources naturelles du parc et de leurs exploitations agricoles.Des éléments de l’armée nationale issus des FRCI ayant pris pour base le village de Bagouhouo, avaient interdit aux occupants de pénétrer dans le parc.

La situation des occupants devenant critique, le capitaine de l’OIPR tiendra le 26 mai 2013 une rencontre à Petit-Guiglo (un village situé près du parc) avec les occupants qui avaient fui pour leur demander d’y retourner afin de trouver une solution à leur situation.

 

En juillet 2013, le ministre de la Défense avait donné trois (3) mois aux occupants pour quitter la zone. Des jours qui ont suivi, les agents de l’Autorité du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion – ADDR - avaient mené une mission dans le parc pour sensibiliser  et recenser les occupants en vue de leur départ volontaire. Ils y ont dénombré plus de 27 000 occupants.

Ils ont encouragé les occupants à déposer les armes et à partir sans violence du parc, avec à la clé des promesses dene pas les laisser pour compte.

 

« Il a été prévu le recensement et le désarmement le 31 octobre 2013 et après quoi, le déguerpissement des occupants serait fait »,- a déclaré un occupant du parc.

 

En marge des initiatives de l’ADDR, les agents de l’OIPR ont continué d’assurer la surveillance du parc. Ils y font  des patrouilles  pour empêcher les paysans de faire de nouveaux défrichements.

 

Du 19 au 23 décembre 2013, sous les ordres du Capitaine OUATTARA Polo de l’OIPR, les agents avaient mené une descente musclée dans le parc pour chasser les occupants suite au passage de l’Ambassadeur de Suisse.

Il convient de signaler que bien avant l’assaut de l’armée ivoirienne contre OUEREMI Amade, ses éléments (combattants) avaient pris le soin de mettre à l’abri leurs familles qui sont disséminées dans les forêts des villages voisins, à Guiébly, à Nidrou, à Michelkro, à Guezon…

Préoccupés par leur survie, certains occupants – proches du chef mythique – sont sortis de leur cachette pour se réinstaller dans le parc. Ceux  qui n’avaient pas quitté le parc, ont continué son exploitation et son peuplement en  y accueillant de nouveaux compatriotes venus du Burkina Faso.

Quatre anciens proches collaborateurs de Amadé Oueremi, à savoir SANA Mamadou, BINGORE Vincent dit KARSAMBA,  OUEDRAOGO Karim dit KAMSO et GANAME Youssouf dit YOUL, détenant toujours des armes, font leur réapparition et procèdent à la réorganisation de l’installation de leurs compatriotes.

«…Nous ne pouvions pas abandonner nos plantations de cacao dans la forêt. Il fallait s’armer de courage et venir affronter les agents de l’OIPR. C’est pourquoi, certains des jeunes qui étaient avec le Vieux sont revenus de leur cachette et ont entrepris des rencontres nocturnes avec les planteurs pour les encourager à rester le temps de trouver une solution à leur départ.  ……Un certain GANAME Youssouf dit YOUL organisait des réunions nocturnes avec les occupants. Il nous promettait de trouver une solution car il disait avoir des contacts avec des autorités. En novembre 2013, il a tenu une autre réunion et a demandé aux occupants de MADIKRO et SAMATINGA (deux campements au sein du parc) de lever une cotisation pour entreprendre des démarches….SANA MAMADOU et BINGORE VINCENT dit KARSAMBAavaient aussi fait leur apparition….», - a déclaré un occupant. 

En décembre 2013, un bataillon du Centre  de Coordination  des Décisions Opérationnelles (CCDO) dirigé alors par le commandant OUATTARA ISSIAKA dit WATTAO, aurait conduit une opération dans le parc pour mettre aux arrêts SANA MAMADOU et BINGORE VINCENT dit KARSAMBA.

« …Nous ne comprenions pas la raison de leur arrestation. Ces deux leaders étaient en contact avec le Capitaine OUATTARA Polo de l’OIPR. Ils travaillaient à trouver une solution à l’amiable pour le déguerpissement du parc. OUEDRAOGO Karim dit KAMSO avait proposé aux occupants du parc de cotiser 10000 FCFA pour le CCDO afin de nous aider à rester dans le parc pour un temps. A l’arrivée du Capitaine OUATTARA Polo suite à sa convocation par le Commandant WATTAO à Abidjan, nous avons appris que l’ADDR ne serait plus d’actualité….»,- a déclaré un occupant.

 

2.    De la création du CROMP à l’arrestation de son Secrétaire Général

 

Plusieurs personnes interrogées dans la ville de Duékoué, ont confirmé que plusieurs leaders avaient fait leur apparition après l’arrestation Amade Oueremi par les autorités ivoiriennes.

 «Il était nécessaire pour les occupants burkinabè du parc de trouver quelqu’un qui pouvait discuter avec les autorités pour qu’on leur accorde un délai de grâce afin d’évacuer leur cacao et partir sans tambour ni trompette……» - a déclaré une source indépendante.

 

Les paysans clandestins, victimes des violences récurrentes et des agressions perpétrées par les agents de l’OIPR, ne pouvaient qu’être favorables à l’idée de trouver un chef qui soutiendrait leur cause auprès des autorités locales.  Les propos suivants tenus par un paysan, en dit long sur cette question : «toute idée de trouver un chef qui va parler en notre nom et nous aider à vendre nos produits pour une période déterminée était la bienvenue….Le Vieux assurait notre sécurité et on ne recevait aucune menace dans nos plantations. Après son arrestation, il y avait une équipe dirigée par BINGOURE Vincent dit KARSAMBA et OUEDRAOGO Salif dit MARIUS. Cette nouvelle équipe nous a demandé de verser de 10 000 FCFA par planteurs pour mener des démarches auprès de l’OIPR pour que nous bénéficiions d’un long temps avant de quitter le parc… ils nous faisaient cotiser chaque fois que les agents de l’OIPR entraient dans le parc pour nous menacer…Ces deux personnes en 2014, nous ont demandé de cotiser 10 000 FCFA  par  hectare contre un reçu qu’ils nous donnaient. Je n’ai pas de reçus sur moi ici…»

 

Selon certaines personnes interrogées,  sur la période ayant suivi l’arrestation OUEREMI Amade, la production de cacao dans le parc avait connu une croissance explosive et atteignait les 8000 tonnes. C’est à partir de là que l’idée de reprendre et perpétuer les pratiques de l’ex-chef, est née chez les nouveaux leaders.

  «…Certains leaders voulaient récidiver les cotisations que OUEREMI AMADE avait imposé à chaque occupant du parc.Au temps du vieux, la forêt était vendue à 75 000 F CFA l’hectare. Si avant trois semaines vous ne mettiez pas en valeur votre portion de terre, il vous arrachait et vous payiez à nouveau la même portion. Chaque jour, les éléments KIEBRE SEYDOU nous convoquaient à Duékoué pour des réunions. C’est là que peu après l’idée de faire cotiser les paysans pour qu’ils ne soient plus déguerpis est née. On proposait de louer aux paysans les portions de terre déjà exploitées. Ils ont évoqué vouloir entreprendre des démarches auprès d’autorités. Et c’est là qu’ils ont fait confectionner des tickets à Daloa avec logo EKB –Entreprise KIEBRE Bagouhouo. Chaque paysan devait payer 10 000 F CFA par hectare pour préserver sa plantation…. Le 26 juin 2014, il a convoqué une réunion de synthèse à Duékoué pour faire le point des versements. Il disait s’attendre à 200 millions de versements et non 57 millions versés par les encaisseurs. Il nous disait avoir rencontré le DG de l’OIPR à Abidjan pour lui expliquer la situation des occupants du parc...»

 

Les faits ci-dessus ont été confirmés par le Préfet de Région qui a expliqué à la délégation qu’un opérateur économique voulait se substituer en OUEREMI Amade pour extorquer de l’argent aux clandestins du parc. 

 

«…Quand OUREMI Amade a été arrêté, un certain KIEBRE SEYDOU PCA d’une Coopérative a pris sa place pour extorquer des sous à ces clandestins sous prétexte de les organiser. Il a organisé la commercialisation du Cacao des paysans en leur délivrant des tickets d’une structure qu’il a lui-même mis en place. Il voulait recruter des éléments de sécurité aux frais des planteurs. KIEBRE SEYDOU imposait aux planteurs la sommes de 10 000 F CFA / ha de plantation… Les paysans étaient recensés par ses soins et ils déboursaient la somme de 10 000 F CFA par hectare de plantation pour disent-ils, leur permettre de rester dans le Parc en location pendant 10 à 20 ans sans être évacués. Le ticket qu’il vendait aux paysans porte le sigle EKB….» - a déclaré le Préfet de Région.

 

Après une rencontre avortée avec OUEDRAOGO SALIF dit MARIUS dans son fief vers NIDROU, ce dernier va confier à la délégation à Duékoué qu’il est depuis longtemps victime de fausses accusations et de menaces de la part de certains de ses compatriotes. Il est en effet accusé par plusieurs paysans clandestins que nous avons interrogés de les avoir obligés à cotiser des sommes d’argent pour des courses dont ils n’ont aucune information.

 

« Nous avons souffert après l’arrestation d’OUEREMI Amadè. Le Ministre de la Défense était arrivé vers juin 2013 et nous a donné trois mois pour quitter le parc. C’est ainsi que je suis allé voir BINGOURE VINCENT et OUEDRAOGO KARIM dit KAMSO pour nous accompagner chez le capitaine de l’OIPR. On était en pleine campagne de cacao et nous ne pouvions pas abandonner nos récoltes. Nous sommes allés le voir pour nous laisser faire la traite avant de quitter le parc. Nous savons que le parc appartient au gouvernement et nous devons suivre les ordres du gouvernement. Nous sommes allés rencontrer à Man le Colonel ZANON patron des Eaux et forêts. J’ai oublié la date. Nous sommes allés lui proposer de nous laisser faire la traite avant de quitter le parc. Il nous a dit qu’il prenait acte de notre proposition, seulement nous ne devrions plus faire de nouveaux défrichements. Il nous a demandé en retour d’aider les agents de l’OIPR à détruire les habitations et les campements. De ne faire que des hangars de fortunes et de commencer à chercher un point de chute dans les forêts de villages voisins. Et quand nous sommes retournés au parc, nous avons informé les occupants qui pour certains ont commencé aussitôt à louer des portions de terre cultivable dans les villages voisins au parc. Moi-même, j’ai construit une maison dans le village de NIDROU et j’ai acheté une plantation de deux hectares de café à ISSIA dans le village de BROKOI que je compte la remplacer en cacao. On est resté dans ça quand vers fin Mars début Avril 2014 un certain KIEBRE SEYDOU est arrivé pour dire qu’il vient pour nous soutenir. Il est venu avec un groupe de personnes dont un certain BOUBA. Il nous a fait des propositions de tickets à distribuer contre payement de sommes d’argent. Il a dit qu’il est allé voir le DG de l’OIPR qui a accepté de louer les portions de terre dans le parc et que les négociations avec les autorités continuaient….. »

 

D’autres paysans clandestins du parc ont affirmé que les cotisations avaient été initiées par les planteurs eux-mêmes sur conseil d’un de leurs leaders nommé GANAME Youssouf dit YOUL.

 

Lors de l’entretien avec la délégation du MIDH, le Préfet a également évoqué l’existence d’une structure appartenant à KIEBRE Seydou à laquelle il a mis fin pour activités illégales.

« En plus, il est allé créer une association dénommée CROMP à qui j’ai délivré un récépissé. Cette structure avait pour but de légaliser les activités illicites d’EKB. Un certain SOULEYMANE ZEBRE serait choisi pour diriger cette structure, KIEBRE SEYDOU serait le secrétaire général et un certain ILBOUDO Lebel Alexandre à la communication. Lorsque j’ai compris que les membres de sa structure se sont approprié des plantations dans le Mont Péko alors qu’ils n’y vivaient même pas et donc sont des non-occupants du parc, aussitôt, j’ai pris une décision pour suspendre la création de son association. Et depuis ce jour, des éléments de KIEBRE continuent de s’opposer aux agents de l’OIPR et parfois ça dégénère…» - a déclaré le Préfet.

 

Le Préfet n’a pas présenté à la délégation le document de suspension de la dite structure. Mais le MIDH a pu obtenir une copie de ce document par d’autres sources.

 

Le CROMP - Conseil représentatif des occupants du mont Péko – créé par le sieur SEYDOU KIEBRE et autorisé d’exercer par le récépissé numéro 041/RG/PDK/CAB du 19 juin 2014, avait pour objectifs principaux de défendre les intérêts des occupants du mont Péko et d’œuvrer pour leur départ négocié du parc.

 

La délégation a été informée par le Préfet de région que le sieur KIEBRE SEYDOU - dont l’association a été suspendue - a été convoqué par le Juge d’instruction de Guiglo sur plainte de certains occupants clandestins dont BINGORE VINCENT dit KARSAMBA et autres. Ce dernier, après l’avoir entendu, a procédé à son arrestation et sa détention préventive à la prison civile de Man.

 

La délégation du MIDH s’est donc rendue à la prison de Man en vue de le rencontrer et de recueillir son témoignage. Dans un long entretien, il a expliqué à la délégation qu’il serait victime d’un complot tramé par le Capitaine OUATTARA Polo de l’OIPR en complicité avec le Préfet de région de Duékoué.

 

«…En décembre 2013, j’ai été informé par des pisteurs que leur cacao avait été saisi par les agents de l’OIPR dans le parc. J’ai alors dépêché M.YABAO HAROUNA, un collaborateur pour aller sur place vérifier les faits. Ce dernier, à son retour, m’informe qu’il s’agit d’une KIA contenant 45 sacs de cacao. Il semblerait que le nombre de sacs était supérieur aux 24 sacs et que le reste avait été vendu par le capitaine OUATTARA Polo. Mon intervention auprès de ce dernier a permis de récupérer les sacs et de les stocker dans mon magasin, le temps que le propriétaire revienne les chercher. Voici comment, j’ai rencontré le capitaine OUATTARA Polo en 2013. Quelques jours plus tard, un groupe d’habitants du parc est venu me voir pour me demander d’intervenir auprès du Capitaine OUATTARA Polo afin qu’une solution à l’amiable soit trouvée à ce qu’ils considéraient comme une tracasserie liée à leur activité agricole dans le parc. C’est ainsi que j’ai repris contact avec le Capitaine et les FRCI pour une solution négociée. Dans un premier temps le capitaine m’avait demandé de donner des conseils aux occupants du parc de ne plus défricher de nouveaux champs. A cette occasion, j’ai pu constater que les rapports entre les occupants du parc et les agents de l’OIPR étaient tendus. Je suis retourné voir une seconde fois le capitaine pour lui demander l’autorisation d’avoir accès au parc pour parler aux occupants. Ce dernier m’a alors fait accompagner par deux lieutenants de l’OIPR et deux FRCI. C’est ainsi que j’ai pu tenir une réunion avec les occupants du parc. Comme convenu avec le Capitaine OUATTARA, je leur ai demandé de ne pas défricher de nouvelles parcelles. Au total, j’ai tenu trois réunions de sensibilisation avec les habitants du parc, dont deux au campement CANADA et une à Petit-Guiglo».     

 

Selon lui l’idée de lever des cotisations et l’usage qui en sera fait, est une décision des populations elles mêmes. En effet, « A l’issue de ces réunions, les habitants ont décidé spontanément de lever des cotisations en vue d’entreprendre des démarches auprès des autorités gouvernementales et consulaires du Burkina Faso pour mettre fin aux tracasseries. Ces fonds devaient servir à financer le voyage d’une mission au Burkina Faso pour rencontrer les autorités. Ainsi, les occupants du parc ont désigné deux personnes, à savoir BINGOURE Vincent dit Karsamba et SANA Mamoudou de Petit-Guiglo. De là est née l’idée de mettre en place une structure qui allait parler au nom des occupants du parc du Mont Péko pour plaider le cas des paysans clandestins. L’OIPR nous a soutenus dans cette démarche. Ainsi, nous avons collecté au total la somme de 35 millions F CFA qui a été repartie comme suit :

-   6 millions FCFA remis au Capitaine OUATTARA Polo par Maxime LOMPO et BINGOURE Vincent dit Karsamba (tous deux des leaders du parc),

-   5 millions FCFA à MOSES, patron des FRCI,

-   500 000 F CFA aux éléments des FRCI,

-   1,5 million F CFA aux lieutenants OUATTARA et BEN,

-   1 million FCFA remis au Préfet de Bangolo par KIEBRE Seydou moi-même et Maxime LOMPO,

-   800 000 FCFA ayant servi à libérer 8 occupants arrêtés par le groupe de TOLLO.

-   700 000 FCFA remis au groupe de ZAKARIA à Gonia,

-   5 millions ont servi pour organiser le voyage de KIEBRE Seydou moi-même, BINGOURE Vincent dit Karsamba et Mamoudou SANA à Ouagadougou au Burkina Faso,

-   250 000 FCFA ont servi pour plaider la cause d’un paysan du parc qui s’était malencontreusement rendu coupable d’un acte de braconnage dans le parc,

-   16 millions FCFA déposés sur un compte en banque (les opérations sur ce compte en nécessitent 3 signataires dont moi-même, BINGOURE Vincent dit Karsamba et Mamoudou SANA).

 

 

Mais selon ce dernier, malgré toutes ces démarches et tous ces montants versés aux personnes et structures indiquées, les tracasseries se poursuivaient. Alors sur conseil d’un ami, il s’est rendu à Abidjan pour rencontrer Monsieur ZEBRET Souleymane dans le but de solliciter son intervention. ZEBRET Souleymane a mis à sa disposition des personnes ressources pour effectuer un reportage et une mission d’observation sur la situation des occupants du parc afin de toucher du doigt la réalité des faits.

 

Cette se serait déroulée en juin 2014 et le reportage a fait l’objet de publication dans plusieurs organes de presse.

 

La délégation s’est aussi entretenue avec le correspondant régional de l’organe de presse gouvernemental qui a confié que le CROMP avait imposé à chaque occupant du parc les sommes de 15 000 FCFA comme frais d’adhésion et 30 000 F CFA pour la cotisation annuelle. «….Si l’on s’en tient au recensement effectué par l’ADDR en août 2013, la population des clandestins est estimée à 27000 âmes. C’est donc près d’un milliard F CFA que devrait récolter le CROMP, sans compter les activités illégales relatives à l’achat du cacao et le recensement général pour lequel chaque clandestin doit débourser 10 000 F CFA….»

 Il a expliqué à la délégation que des paysans accusaient régulièrement le CROMP d’avoir imposé un Droit Unique de Sortie (DUS) de 150 F CFA sur chaque kilogramme de cacao. Il soutient qu’après la suspension du CROMP par le Préfet, ses responsables auraient demandé aux clandestins de boycotter le recensement du ministère de la Solidarité.

 

La délégation du MIDH, en dépit des efforts déployés, n’a pu obtenir de rencontres avec le lieutenant MOSES des FRCI et le Capitaine OUATTARA Polo.

 

3.    A qui profitent les ports secs et les prélèvements sur le prix du cacao des occupants du parc ?

 

«…Avant que nous n’arrivions au parc, un système avait été mis en place par les agents de l’OIPR qui consistait à prélever 50 F CFA sur le prix du kilogramme du cacao des planteurs du parc. Nous ne sommes pas mêlés à ça. Nous, on organisait seulement nos compatriotes pour qu’ils puissent sortir dignement du parc sans être brutalisés. Vers fin septembre 2014 quand le gouvernement a donné le prix du cacao à 850 F CFA, les LOMPO MAXIME, SANA MAMOUDOU et BINGOURE VINCENT ont commencé à prendre leur distance avec nous. On ne comprenait….. »- a déclaré un leader.

 

Au cours de l’entretien avec le Préfet de région, il a expliqué à la délégation qu’il est  le Président d’un Comité de gestion des points focaux en charge de la sensibilisation et de l’orientation des planteurs du parc. Il aurait, ex-cathedra, décidé de l’interdiction de pénétrer dans le parc pour y commercialiser clandestinement le cacao.

Pour organiser la sortie du cacao et le départ des occupants du parc, il dit avoir créé huit sites dits « points focaux » aux alentours du parc.

«Aujourd’hui, nous avons pris un arrêté pour interdire la pénétration du Mont Péko. Pour mettre en exécution cette décision, nous avons déployé un détachement militaire (les éléments de FRCI) aux alentours  du Mont Péko et les agents de l’OIPR font des patrouilles à l’intérieur du parc pour empêcher tout nouveau défrichement par les occupants. Nous laissons les clandestins évacuer  leurs récoltes de cacao. Le cacao est clandestinement commercialisé aux acheteurs et coopératives dans le Parc. Pour empêcher toute entrée là-bas, nous avons décidé que les planteurs clandestins sortent avec leur cacao dans des sites que nous leur avions indiqué. Il y a huit (8) sites retenus »

 

Les paysans clandestins et pisteurs ont indiqué qu’il s’agit en réalité de ports secs qui seraient édifiés dans les Sous/Préfectures de Bagouhouo, Guehibly, Bangolo, Petit-Guiglo et Gogo-zagné. À chaque port sec, tout pisteur ou acheteur serait tenu de verser la somme de 100 FCFA par kilogramme de cacao sorti du parc.

 

Toutes les personnes interrogées, ont évoqué le manque de volonté des autorités administratives et de la sécurité du parc, de mettre fin au système des ports secs et des prélèvements sur le prix du cacao.

 

« Pis, quand vous vous plaignez des prélèvements faits sur nos produits, les eaux et forêts viennent détruire vos plantations si vous êtes paysans ou bien ils bloquent le camion des acheteurs qui refusent de payer les prélèvements et ils vous traitent en ennemis. Trois de nos compatriotes sont aujourd’hui en détention préventive à la prison de Man…»- a déclaré un paysan.

Bien que le MIDH n’ait pu avoir accès au parc, des pisteurs interrogés ont décrit la façon dont ces ports secs sont édifiés. Il s’agirait de hangars de fortune – agissant comme des check-points. A chaque hangar, il y aurait une ou deux bascules servant à peser les sacs de cacao venant du parc. Après la pesée de contrôle, ils vous obligent à verser la somme de 100 F CFA pour chaque kilogramme de cacao.

 

Des pisteurs ont expliqué à la délégation que les agents de l’OIPR auraient interdit de livrer des reçus aux paysans après achat de leurs produits.

 

«Pour aller à Petit-Guiglo, il faut dépasser Michelkro. Quand vous arrivez à cet endroit, un certain KASSOUM qui tient le port sec informe par téléphone d’abord SANA Mamoudou de votre présence avec du produit. Il vous demande et compte le nombre de sacs que le camion a chargé. 15 sacs chargés de cacao équivalent à une

Télécharger ce rapport : | Taille : 888.94 Ko