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ALLOCUTIONS

23/07/2001

PROJECTION DU FILM « COTE D’ IVOIRE POUDRIERE IDENTTITAIRE A L’HOTEL IVOIRE, LE 23 JUILLET 2001, L’ATTENTION DES DIPLOMATES ET DE LA PRESSE

DECLARATION N°13 DU MIDH

 

REMARQUES PRELIMINAIRE DU MIDH A L’ OCCASION DE LA PROJECTION DU FILM «  COTE D’ IVOIRE POUDRIERE

IDENTTITAIRE A L’HOTEL IVOIRE, LE 23 JUILLET 2001, L’ATTENTION DES DIPLOMATES ET DE LA PRESSE

 

Mesdames    et     Messieurs      les     Ambassadeurs   et  Représentants  d’Ambassades,

Mesdames    et     Mes sieurs     les        Représentants du Collectif des victimes,

Mesdames   et      Messieurs    les   Représentants    des    Organisations  sœurs  de

Défense des Droits de l’Homme,

Mesdames     et    Messieurs   les    Représentants  des   organes de presse ;

Chers amis,

 

Le Collectif des Victimes et le Mouvement Ivoirien de Défense des Droits Humains (MIDH) vous remercient d’être venus assister à la projection du film de Benoît Scheuer et son équipe, « Côte d’Ivoire, Poudrière identitaire ».

Le MIDH, comme vous le savez, a aidé le Collectif dans ses démarches visant à porter plainte devant une juridiction étrangère ; en effet, il est apparu clairement, après plusieurs mois d’attente, que ni les conditions de sécurité pour les victimes, ni le contexte général de fonctionnement de notre justice actuellement ne permettaient d’espérer que les plaintes aboutiraient. Nous aurions été fiers de porter plainte en leur nom, mais ce n’est pas le MIDH qui a porté plainte ; ce sont les victimes.

Ce film,    justement, parle des victimes d’octobre et de décembre 2000, mais il en parle en remontant dans le temps, en tentant d’expliquer comment ces crimes ont pu se produire dans ce pays, comment des hommes, des femmes, des enfants, ont pu être froidement assassinés, torturés, violés, mutilés à vie, à la suite des manifestations d’octobre, alors que les manifestants d’octobre n’étaient même pas armés.

Les forces de sécurité, selon les témoignages et reportages, ont été accompagnées de civils qui leur servaient d’indicateurs.

 

En décembre 2000, des manifestantes ont été violées et mutilées sur les lieux de manifestations ou de détention. Il y a eu aussi beaucoup de morts.

Dans les deux cas, des Ivoiriens et des étrangers qui ne participaient pas aux manifestations ont également été tués ou torturés.

La banalisation de ces évènements est intolérable. Non seulement certains secteurs de l’opinion les banalisent, mais ils vont jusqu’à présenter ces victimes comme en quelque sorte responsables de leur malheur. La réconciliation que nous appelons de tous nos vœux, en tant qu’Ivoiriens, passe par la justice rendue à ces victimes : il faut trouver les responsables et les sanctionner. Il n’y a pas d’autre chemin, c’est une question de bon sens. En tant qu’Organisation de défense  des droits  humains, nous sommes opposés à ce que l’impunité soit accordée aux responsables, car l’impunité encourage la répétition des crimes.

Un des objectifs du Collectif et du MIDH, en faisant passer ce film, est donc de nous sensibiliser à la réalité de la tragédie, et aussi de nous proposer une grille d’explication, qui nous alerte aux causes de ce que les auteurs, Benoît Scheuer et son équipe, appellent « une tentation génocidaire ». Les chercheurs     et sociologues ont observé au Rwanda – et c’est sans doute vrai aussi de l’extermination des juifs sous le Nazisme – la présence de trois facteurs qui préparaient mentalement les esprits aux tueries qui suivirent : d’abord, la falsification des faits et de l’histoire en ce qui concerne le groupe cible présenté comme « dominateur » ou « inférieur » (les tutsis pour le Rwanda, les juifs, pour l’Allemagne).

 Ensuite,  la  propagande  sur  une  prétendue mono-identité ( les aryens, en ce qui concerne le Nazisme, les hutus présentés comme autochtones, les tutsis présentés comme venus de l’étranger ou « cancrelats »). Enfin, la victimisation (les auteurs des massacres se présentent paradoxalement comme victimes des autres, les massacrés deviennent coupables).

Il est nécessaire que le grand public, l’ensemble de nos concitoyens  prennent conscience des risques que nous courons, nous Ivoiriens. Cette machine à tuer est dans nos esprits ; elle est allumée encore aujourd’hui. Il faut nous aider à l’arrêter définitivement. C’est l’objectif principal de cette projection.

 

Je vous remercie.

Abidjan, le 23 juillet 2001